CÂLINS ET POPOTIN - 17 mars 2009
Les couches lavables : un choix avant-gardiste
À l’heure actuelle, une famille sur onze utilise des couches lavables et cette proportion semble s’accroître sans cesse. Les économies à réaliser représentent bien sûr un argument de poids dans la balance. Selon l’Acef de l’Est de Montréal, cette option permet en effet d’épargner environ 780 $ sur une période de 30 mois.
Mais, en général, ce sont d’autres motivations qui arrivent à persuader les parents : En adoptant les couches lavables, ces derniers ont la conviction qu’ils font le meilleur choix, non seulement pour le respect de l’environnement mais également pour la santé de leur enfant.
Mythes et fausses croyances
Pour bon nombre de personnes, le terme « couche lavable » évoque encore un carré de coton difficile à plier, fermé par des épingles, qu’il faut rincer et tremper en plus de laver. Perception pour le moins vétuste étant donné les avancées considérables réalisées en la matière. En plus d’être confortables et jolies, les couches lavables d’aujourd’hui existent dans de nombreux modèles qui diffèrent par la nature du tissu, l’épaisseur, le degré d’absorption, la coupe, la taille, la couleur et le système de fermeture (élastiques pare-fuites, velcros, boutons pression).
Précisons, par ailleurs, que contrairement à certaines fausses croyances, les couches lavables d’aujourd’hui sont beaucoup plus modernes et faciles d’entretien. Elles ne requièrent pas plus de manipulation des matières fécales que les couches jetables. Lors du changement de couche, les gestes demeurent semblables, seuls les contenants diffèrent. Les couches jetables sont mises à la poubelle remplies d’urine et de selles. Les couches lavables sont, quant à elles, mises dans un sac hermétique, ou dans un seau à couches pour être plus tard lavées à la machine, et cela, sans avoir été trempées ou lavées - s’il y a des selles on les jette simplement dans les toilettes avec la mince doublure de papier qui les contient-.
Une solution douce
L’expérience démontre que pour les parents, le choix d’utiliser des couches lavables représente, d’ordinaire, bien plus qu’une simple façon de boucler leur budget. Le plus souvent, il traduit leurs valeurs profondes vis-à-vis un style de vie ainsi que leur volonté d’assurer le mieux-être de leur enfant.
Il n’est pas rare, par exemple, que les parents aient constaté, souvent suite à une recommandation de leur pédiatre, que les matières textiles permettent à la peau de leur bébé de mieux respirer et qu’elles parviennent ainsi à éliminer les réactions cutanées, voire un érythème fessier récidivant,
Un bon nombre de parents fondent par ailleurs leur décision sur leur volonté d’utiliser des matériaux les plus naturels possible. Bien sûr, avec les couches de papier, le bébé se sent « au sec », mais à quel prix ? Pour augmenter le taux d’absorption de leurs produits, les manufacturiers doivent y intégrer de la pâte de bois blanchie, du plastique et des additifs chimiques tels des cristaux de polyacrylate de sodium, la même substance qui était utilisée dans les tampons hygiéniques et qui a été retirée en 1985 (aux Etats-Unis), car elle était associée au syndrome du choc toxique (Ourth, 2003).
Leur détermination à léguer à leurs enfants une planète viable constitue, pour les parents, une autre puissante source de motivation. Comment ne pas partager cette préoccupation quand on sait qu’une couche jetable met de 300 à 500 ans à se décomposer dans la nature. Chaque année, au Québec, nous encombrons l’environnement avec 600 millions de couches jetables, ce qui correspond à 60 000 tonnes de déchets (Crawford et al. 2006). Aucun autre produit de consommation, à l’exception des journaux et des contenants pour les boissons et la nourriture, ne représente une proportion aussi imposante de déchets solides.
L’utilisation des couches de tissu assure, en outre, que les déchets fécaux sont évacués par les toilettes via des installations sanitaires adéquates ayant la capacité de traiter convenablement les eaux usées. Quant aux couches de papier, elles sont, dans la pratique, jetées à la poubelle sans avoir été préalablement débarrassées des selles, contrairement au mode d’emploi décrit sur les emballages. C’est ainsi que des tonnes de matières fécales et une centaine de virus différents se retrouvent dans des sites d’enfouissement où il n’existe aucune installation sanitaire pouvant traiter ce genre de déchets.
Par ailleurs, maintes recherches démontrent que, contrairement aux mythes et préjugés trop souvent véhiculés, les couches de tissu représentent une alternative moderne qui s’avère totalement respectueuse des normes d’hygiène en vigueur dans les milieux de garde.
À ce propos, un groupe de chercheurs de l’Université de Sherbrooke a effectué, en 2006, un travail approfondi sur la question. Dans le cadre de l’obtention du diplôme supérieur en gestion de l’environnement, cette équipe s’est appliquée à comparer les deux systèmes de couches. En plus d’entrevues réalisées dans les milieux de garde, un grand nombre d’études universitaires et privées ont été colligées ainsi qu’une importante quantité de programmes gouvernementaux à travers le monde en matière de recommandations sanitaires. Suite à ces analyses, ces chercheurs en viennent au constat que non seulement l’usage des couches lavables respecte les exigences en matière d’hygiène mais qu’il représente un choix des plus éclairés auquel le personnel des centres à la petite enfance aurait avantage à s’ouvrir de plus en plus.
Tous les scientifiques émettent par ailleurs, le même constat : La transmission des maladies entériques est beaucoup plus reliée aux techniques liées aux changements de couches qu’aux couches elles-mêmes.
Un geste pour le mieux-être collectif
Compte tenu de tous ces enjeux environnementaux, plusieurs municipalités en octroyant une subvention aux familles qui se procurent un ensemble de couches lavables.
L’ouverture à l’usage de couches de tissu représente sans conteste un acte avant-gardiste, révélateur de la volonté des parents à emprunter de nouvelles avenues propres à assurer la qualité de vie de leur tout-petit, le mieux-être collectif et celui des générations à venir.
Lise cloutier, Amélie Cloutier-Bastien, Véronique Piperno
CÂLINS ET POPOTIN (vero-coccinelle)
Véronique et Amélie sont deux mamans qui se sont promis de promouvoir le portage traditionnel et les couches lavables.