LA VIOLENCE À L'ÉCOLE
MARIA-JOSÉE Alessi - 29 janvier 2008
Introduction
Depuis quelques années, nous sommes bombardés par la violence que ce soit dans les journaux, à la télévision, au cinéma, dans notre vie de tous les jours, etc. Par contre, nous voyons de plus en plus de jeunes enfants impliqués dans des actes de violence et, plus particulièrement, dans les écoles. Chaque soir, le journal télévisé nous rapporte un incident survenu dans une école du Québec, tout près de chez nous, impliquant souvent des adolescents mais, parfois, des enfants âgés entre six et douze ans. En effet, il y a quelques jours, on nous rapportait le décès d’un jeune garçon suite à une bagarre anodine dans la cour d’école. Ce n’est plus un secret de polichinelle pour personne, nos écoles primaires du Québec sont des lieux où se trouve, trop souvent malgré nous, la violence. Dans un premier temps, j’expliquerai les différents types de violence que nous pouvons retrouver dans nos écoles. Par la suite, j’essaierai d’expliquer l’origine de cette violence par les différents facteurs de risque pour terminer par des pistes de solution pour contrer ou diminuer cette violence.
Les différents types de violence
En premier lieu, il est important de distinguer l’agressivité de la violence. En effet, l’agressivité en soi n’est ni bonne ni mauvaise et ne constitue pas nécessairement une forme de violence. On peut caractériser l’agressivité comme de la violence lorsque cette dernière devient le « principal mode d’interactions sociales et qu’elle en vient à compromettre l’intégrité (physique, morale, psychologique, matérielle, etc.) des autres » (Berkowitz, 1993 : cité par Desbiens, Lanaris et Massé, 2006). Voyons maintenant les différents types de violence. Tout d’abord, il y a la violence qui se voit que l’on nomme la violence physique. On désigne cette dernière par « l’usage de sa propre force physique ou d’objets dans le but de compromettre l’intégrité de l’autre » (Lavoie, 2000 : cité par Desbiens, Lanaris et Massé, 2006). Cette violence peut se retrouver dans plusieurs contextes et avoir plusieurs conséquences diverses. On peut la retrouver à l’école (cour d’école, salle de classe, corridors), et elle peut se retrouver sur le trajet que l’enfant emprunte pour se rendre à l’école. Elle peut également survenir dans l’intimité, c’est-à-dire dans les relations entre amis ou entre couple (cette dernière étant plus visible au secondaire). Les conséquences varient en fonction des moyens qui ont été utilisés : intensité de la force physique, utilisation d’armes ou d’objets par l’agresseur, etc. Dans ce type de violence, on peut inclure la violence sexuelle, mais souvent les auteurs en font une catégorie à part, vu les conséquences particulières d’une telle violence. Voyons ensuite la violence psychologique. Pendant longtemps, la violence psychologique n’était désignée que par la violence verbale. Aujourd’hui, il en est tout autre chose. On la désigne comme « l’usage d’insultes, de menaces, de tromperies ou de tentatives de contrôle ayant pour effet de bouleverser l’autre et de compromettre son bien-être » (Lavoie, 2000 : cité par Desbiens, Lanaris et Massé, 2006). On peut retrouver des manifestations de cette violence sous divers comportements : elle peut être verbale (moqueries, mensonges, taquineries, railleries) ; elle peut se retrouver dans toute communication d’une personne ou d’un groupe qui veut faire comprendre à une personne qu’elle est mauvaise ou qu’elle ne répond pas à des critères précis (internes ou externes) ; elle peut également être transmises par des comportements tels l’ignorance, l’évitement, l’exclusion, le rejet et l’ostracisme qui consiste à bannir une personne d’un groupe ou d’un espace social donné. Cette dernière forme de comportement, l’ostracisme, peut être divisé en quatre types : 1) l’ostracisme physique (l’expulsion, le bannissement, l’exil et l’usage de stratégies dont le résultat est l’absence, le départ ou l’isolement d’une personne); 2) l’ostracisme social (on accepte une personne dans un groupe mais on l’ignore); 3) l’ostracisme défensif (autoprotection, isolement préventif par anticipation d’une action menaçante à son égard) et 4) l’ostracisme inconscient (lorsqu’une personne en ignore une autre non intentionnellement car elle croit que cette dernière ne vaut pas la peine qu’on s’y attarde). On peut également inclure dans cette catégorie le dénigrement visuel (regarder quelqu’un avec mépris) et le commérage (ou médisance) s’il est utilisé pour compromettre l’intégrité morale ou psychologique d’une personne. Un autre type de violence, dite instrumentale, est « une action volontaire par laquelle l’agresseur brise ou détruit l’œuvre, l’objet d’un autre, ou encore s’approprie ou tente de s’approprier cet objet, l’œuvre ou l’espace occupé par un autre individu, sans qu’il y ait contact physique entre l’agresseur et la victime » (Desbiens, Lanaris et Massé, 2006).
L’exemple le plus facilement observable est le vol, mais ce type de violence peut correspondre à n’importe quel acte visant l’appropriation et/ou le contrôle des ressources tant physiques, liées au savoir qu’humaines.
Un dernier type de violence que nous verrons est l’intimidation qui est très populaire chez les jeunes enfants du primaire. Cette dernière est définit comme « une forme de violence proactive (c’est donc un acte non provoqué par autrui, amorcé par l’agresseur) et intentionnelle par laquelle un ou plusieurs individus exposent, de manière répétée et sur une longue période, une même personne à des actions négatives » (Olweus, 1999 : cité par Desbiens, Lanaris et Massé, 2006). Ce type de violence est aussi appelée bullying. L’intimidation peut prendre plusieurs formes telles physique, instrumentale ou psychologique, cette dernière étant la plus utilisée. Il est important de comprendre qu’on ne parle pas d’intimidation lorsqu’il y a violence entre deux personnes de force égale, car la caractéristique première de l’intimidation est un rapport de force, donc un déséquilibre des forces, c’est-à-dire que l’agresseur s’en prend à des plus faibles que lui. Le premier exemple qui peut nous venir en tête lorsque l’on pense à ce type de violence est le taxage (ou racket) qui se fait de plus en plus présent dans nos cours d’école et qui désigne « l’extorsion de biens ou de droits par l’utilisation de la force ou de la menace » (Desbiens, Lanaris et Massé, 2006).
Pourquoi la violence?
Comme la violence n’est pas un comportement valorisé socialement, nous sommes en droit de nous demander pourquoi il y en a autant? Certains facteurs de risque peuvent expliquer pourquoi certains jeunes deviennent violents, mais ce ne sont que des probabilités et non une certitude : certains jeunes pourront avoir plusieurs facteurs de risque et ne jamais démontrer aucun signe de violence. Je dis seulement que le fait de posséder un ou plusieurs facteurs de risque augmente la chance que ces jeunes deviennent violents. Voyons ces facteurs de risque. En premier lieu, il y a les facteurs de risque individuels. Dans ces facteurs nous retrouvons ceux sur lesquels nous n’avons sensiblement aucun pouvoir. Quelques enfants, dès leur naissance, deviennent vulnérables et à risques de développer des problèmes de conduites violentes. Ces risques sont associés à des dérèglements neurologiques d’origine congénitale ou héréditaire. Ces dérèglements peuvent rendre l’enfant plus vulnérable dans ses interactions avec son environnement physique et social et cette vulnérabilité peut se traduire de diverses façons (tempérament difficile, hyperactivité, impulsivité) qui, ajoutée aux contraintes normales de la vie, peuvent rendre le parcours de l’enfant plus difficile et augmenter ses chances de victimisation et d’être l’auteur même d’actes de violence. Cependant, pour que ces facteurs soient responsables de la violence ils doivent absolument être en interaction avec d’autres facteurs, car à eux seuls, ils ne peuvent être une explication de la violence. En deuxième lieu, il y a les facteurs relationnels. On y retrouve deux groupes d’acteurs pouvant jouer un rôle important dans l’apparition et le développement de la violence chez les jeunes : la famille et les pairs. Leur influence respective sur le jeune dépendra de l’âge de ce dernier. Les facteurs reliés à l’influence de la famille sont de deux ordres : la relation d’attachement aux parents et la discipline exercée par ces derniers. En résumé, si l’enfant développe un attachement fort et sécuritaire envers sa mère, il développera une grande confiance en soi et sera davantage confiant dans ses relations avec les autres : il sera plus aidant envers les autres, il sera capable d’accepter l’aide des autres, il ressentira de l’affection et de la considération pour les autres. Ce type d’attachement sain est en soi un facteur de protection contre les comportements violents. Cependant, à l’opposé nous retrouvons l’absence d’attachement ou l’attachement non sain avec la mère qui devient, à ce moment, un facteur de risque important. Il a aussi été démontré que le type de discipline exercée par les parents a un rôle déterminant à jouer : en effet, le manque et l’excès de discipline seraient des facteurs de risque pour l’enfant. Un parent avec un laxisme important face aux comportements violents de son enfant l’encourage à continuer dans cette voie; de l’autre côté, un parent trop coercitif peut amener beaucoup de frustration à un enfant et l’amener à développer des comportements violents. Le fait qu’un parent ait des conduites criminelles peut aussi favoriser l’apparition de violence chez un enfant. D’autres facteurs tels la pauvreté, la monoparentalité, la faible scolarisation peuvent aussi contribuer à l’émergence de la violence. Du côté de l’influence des pairs, nous remarquons leur influence surtout à l’adolescence, mais dès le primaire elle peut se faire sentir. Le plus grand danger est pour un enfant très influençable ayant une faible estime de lui-même et voulant se faire accepter à tout prix. Les enfants rejetés socialement sont aussi plus enclins à devenir délinquants. En troisième lieu, il y a les facteurs de risque communautaires qui se divisent en deux catégories : la criminalité dans le milieu et l’école. Dans le premier cas, plus un enfant retrouve de la criminalité dans son entourage et dans son environnement, plus il sera porté à imiter ce qu’il voit et ainsi, à augmenter ses chances de devenir violent. Un bon exemple est dans les quartiers d’Harlem aux États-Unis où le taux de criminalité est très élevé; rares sont les enfants qui ne sont pas violents dans ces quartiers. Concernant l’école, c’est le milieu de vie où l’enfant passe le plus de temps durant son jeune âge et où il se prépare à faire son entrée dans la société en tant que citoyen. Nous pouvons voir l’école comme un microsystème où l’enfant va être influencé par plusieurs sources qui contribueront à son bon développement ou, au contraire, à amplifier ou à créer des problèmes. Il est dit que « la capacité d’un jeune à s’intégrer socialement et à développer des conduites adéquates est également fonction de la capacité de ces agents (enseignants, professionnels, direction, etc.) à créer un environnement stimulant, sécuritaire, chaleureux et qui apporte du soutien aux élèves comme à eux-mêmes » (Desbiens, Lanaris et Massé, 2006). Dans le cas contraire, l’école deviendra alors un facteur de risque puisqu’elle ne répondra pas aux besoins de l’élève et ne créera pas de climat de sécurité nécessaire à la non-violence. Finalement, quelques mots sur les facteurs sociétaux. Nous pouvons les diviser en trois types : ceux liés à l’évolution démographique et sociale(immigration, développement des technologies); ceux liés à l’inégalité de revenus et ceux liés aux influences culturelles. En effet, une société avec un haut taux de pauvreté est statistiquement une société avec plus de comportements violents et le fait de faire partie d’une société avec certaines croyances, idéologies ou valeurs peut diminuer ou augmenter les comportements violents. Comment contrer la violence?
Finalement, essayons de voir comment nous pouvons diminuer ou éviter cette violence à l’école. Le mot-clé qu’il faut retenir ici est : prévention. Cependant, il faut distinguer les écoles où la violence n’a pas encore fait son apparition (ou alors lorsqu’elle est déjà présente mais à très petite échelle) et les écoles où la violence est déjà bien établie depuis quelques temps. Il faut mentionner que s’il y a déjà la présence bien établie de la violence dans un établissement, il faudra tout d’abord intervenir pour reprendre le contrôle et stabiliser le tout avant même de parler de prévention : ce n’est qu’une fois l’ordre rétabli que l’on pourra alors parler d’action préventive. Mais concrètement, quelles actions préventives peut-on mener de front pour arriver à contrer ou diminuer cette violence? Desbiens, Lanaris et Massé nous fournissent de bonnes pistes à suivre. Selon eux, la prévention peut agir à plusieurs niveaux. Dans un premier temps, nous retrouvons la prévention la plus directe et la plus efficace pour la réduction des comportements indésirables à court terme que l’on nomme « l’intervention instrumentale ». Dans un deuxième temps, il se peut que les jeunes expriment une vive violence allant jusqu’à perturber toute la classe ou même l’école. Dans de tels cas, il est primordial que les différents intervenants de l’école soient préparés à ce genre de situation et qu’ils aient une certaine formation en « gestion de crise ». Plus spécifiquement rattachée à l’enseignant et à la classe, le fait d’avoir ou non une bonne gestion de classe peut contribuer ou atténuer les épisodes de violence; un enseignant ayant pour force une bonne gestion de classe réduit considérablement les risques de vivre des épisodes sporadiques de violence. Récemment, un autre type de prévention prévaut dans nos écoles et c’est le plan d’intervention adapté. Une autre façon d’intervenir serait de façon individuel et de viser à « renforcer le potentiel de chacun des élèves » (Desbiens, Lanaris et Massé, 2006) en travaillant, par exemple, sur leur estime de soi, l’acquisition d’habiletés sociales, la résolution de problème, la gestion de la colère, l’autoresponsabilisation, etc. Nous pouvons aussi décider d’agir sur l’environnement de l’enfant en travaillant en collaboration avec les parents. Depuis des années, plusieurs programmes voient le jour pour aider les écoles dans leur tentative de stopper cette violence.
Un beau programme est « Vers le Pacifique » qui vise à réduire la violence (physique, verbale, psychologique) dans nos écoles. Dans un premier temps, ce programme favorise l’utilisation des conduites pacifiques chez les jeunes, le tout présenté sous forme d’ateliers en classe. Par la suite, des élèves ciblés seront formés et encadrés par des adultes et agiront à titre de médiateurs auprès des autres élèves lors de conflits.
Bien sûr, beaucoup d’autres programmes existent mais je ne m’y attarderai pas dans le présent travail. Ce qu’il faut retenir est que la prévention est la meilleure solution lorsque la violence n’est pas encore présente ou alors lorsqu’elle a été stabilisée.
En conclusion, après avoir parlé des différents types de violence et après avoir donné des exemples de ces derniers dans nos écoles; après avoir parlé des facteurs de risque pouvant favoriser l’émergence de la violence chez les jeunes et après avoir parler de la prévention qui se fait de plus et plus présente dans nos écoles, je peux affirmer que la violence est bien présente dans nos écoles qu’on le veuille ou non. Est-elle plus présente? Seule des études pourraient le dire. Cependant, selon le CRIRES (centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval), déjà dans les années 80 on pouvait constater une hausse du pourcentage de jeunes inculpés pour des crimes avec violence (annexe C). Est-ce encore le cas aujourd’hui? Nous serions tentés de répondre « oui » sans hésitation. Cependant, ce serait une erreur de répondre aussi vite car il faut se demander si la violence est vraiment plus présente ou si elle n’est que plus médiatisée ce qui nous donne l’impression qu’elle a augmenté. Je ne prétends pas avoir la réponse à cette question, cependant, si je me fie à mes souvenirs d’école, selon moi la violence n’est peut-être pas plus présente dans nos écoles mais le type de violence qui prévaut aujourd’hui (beaucoup plus agressif selon moi) était peut-être moins présent avant. Il serait intéressant de trouver des études portant sur le sujet qui nous donnerait un regard objectif sur la question. Somme toute, ce qu’il est bon de retenir c’est qu’il ne sert à rien de se mettre des œillères, car la première étape de la résolution d’un problème est bien de reconnaître que problème il y a!
SOURCES